Une séance chez l’Orthophoniste

Entièrement originale pour une fois, la scène illustre à sa manière ce fameux « drame de la communication » qui, nous disent les anthropologues, passe toujours un tant soit peu par la voix. C’est mon premier automate à mettre en scène un sujet humain.

Un Orthophoniste moustachu un peu guindé, portant lorgnon et apparemment dur d’oreille, entreprend de rééduquer la petite Chatte qui est assise face à lui, sur un pouf.

Il l’encourage, avec un fort accent du Sud-Ouest, à répéter le virelangue qu’il pointe de la main droite au tableau noir :

« Sans que Sacha le sache, son chat Pacha chante à Natacha sa chanson sans son »,

tandis que la gauche approche de son oreille un cornet acoustique.

La Chatte, qui pose un regard oblique et mal assuré sur l’Orthophoniste et sa phrase, ferme alors les yeux, bouge la queue et ouvre la gueule pour lâcher un pitoyable « Miiiaouh ! Miiiaouh ! Miiiaouh ! », comme on pouvait s’y attendre.

Ici, le mécanisme est une vis-manivelle (faite d’un long foret à béton), qui transforme, selon une liaison hélicoïdale, la rotation en translation : elle déplace une sorte de chariot. C’est lui qui, successivement 1) déclenche, via un cliquet, la voix du bonhomme, sortie d’une boîte enregistrable à pile, puis, au gré de fils de nylon plus ou moins tendus, 2) actionne son bras gauche, puis les yeux et la bouche de la minette, et pour finir la boîte-à-miaouh. Des élastiques ramènent tous les organes mobiles à la situation initiale, à peine on tourne à l’envers.

Couplée à ces élastiques de retour, la longueur variable des fils permet d’éviter d’en passer par le dispositif classique des mouvements discontinus, la « roue de Genève », qui est particulièrement difficile à fabriquer pour un bricoleur du dimanche. La rançon de cette facilité est qu’il faut toujours, en fin de course, faire machine arrière manuellement.

 

Cette entrée a été publiée dans Automates.

2 commentaires sur “Une séance chez l’Orthophoniste

  1. ROUKHO dit :

    C’est à la fois très drôle et fort bien vu ! Après tout, le « drame de la communication », c’est la grande affaire des automates (à tout le moins des automates anthropomorphes) : en ce sens, c’est ici une sorte de « méta-automate » !

  2. Maurel-Indart dit :

    le chat me fait penser à la sublime Audrey Hepburn dans My Fair Lady… La voici réincarnée !

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